Tournesols (Sunflowers), Vincent van Gogh, 1888, National Gallery
Nuenen · Paris · Arles · Saint-Rémy · 1884–1890

Natures mortes de Van Gogh

Pommes de terre, livres, souliers et fleurs

La nature morte est le laboratoire secret de Van Gogh. C’est par elle qu’il apprend la lumière, la couleur et la matière — des paysannes brunes de Nuenen aux tournesols en feu d’Arles. Bibelots, livres, vieux souliers, bouquets : l’objet inanimé devient, sous son pinceau, un véritable personnage.

~200toiles à Nuenen
1885la Bible, les souliers
1888–90tournesols, iris, roses
Nature morte à la Bible, Vincent van Gogh, 1885
Nature morte à la Bible, 1885Nuenen : la Bible ouverte et le roman de Zola.
L’essentiel en deux minutes

La nature morte, atelier de toutes les audaces

Van Gogh a peint des centaines de natures mortes. Loin d’être un exercice sage, c’est son terrain d’expérimentation privilégié : il y teste la lumière, la couleur et l’empâtement. Des pommes de terre brunes du Brabant aux bouquets en feu de Provence, l’objet inanimé raconte toute son évolution.

Quatre familles traversent cette œuvre : les produits de la terre (pommes de terre, fruits), les livres (Bible, romans), les vieux souliers devenus mythiques, et les fleurs (tournesols, iris, roses). Chacune dit un moment de sa vie — et un cap de son art.

Nature morte à la Bible (Still Life with Bible), Vincent van Gogh, 1885
Vincent van Gogh, Nature morte à la Bible, 1885. Bible ouverte et roman de Zola. Van Gogh Museum, Amsterdam. Domaine public.
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Nuenen, 1884–1885

Le laboratoire des couleurs sombres

Installé à Nuenen chez ses parents, Vincent peint près de deux cents toiles en deux ans. Beaucoup sont des natures mortes : bouteilles, pots, chapeaux de paille, pommes de terre. Sa palette reste terreuse, brune, « noircie » — ce que Théo lui reproche, jugeant ces toiles « trop sombres » pour le goût parisien.

Vincent défend cette gravité : les couleurs sombres sont, dit-il, plus « réalistes et mûres ». Mais ces natures mortes sont déjà un apprentissage crucial. Il y étudie comment la lumière tombe sur un objet, comment les ombres se teintent. Still Life with Straw Hat ou les études de bouteilles sont de petits traités du clair-obscur.

« Les couleurs sombres sont plus réalistes et plus mûres. »
Vincent à Théo, octobre 1885
Une paire de souliers (A Pair of Shoes), Vincent van Gogh, 1886
Vincent van Gogh, Une paire de souliers, 1886. Van Gogh Museum, Amsterdam. Domaine public.
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Les deux livres : Bible et Zola

Une nature morte théologique

Peinte en 1885, juste après la mort de son père pasteur, la Nature morte à la Bible est un terrain d’affrontement. Une grande Bible ouverte, lourde, domine la toile ; à côté, un mince volume jaune : La Joie de vivre d’Émile Zola. Une bougie éteinte achève la scène.

Tout oppose les deux livres : la foi du père, moderne et romanesque la littérature du fils. Vincent, ancien prédicateur devenu peintre, y met sa propre fracture. La nature morte, ici, n’est plus un exercice : c’est un manifeste intime.

Ce goût pour les livres comme objets peints ne le quittera pas : à Paris puis à Arles, il repeindra romans et oléanders ensemble, faisant du livre un motif récurrent.

Une paire de souliers usés, Vincent van Gogh, 1886
Vincent van Gogh, Une paire de souliers, 1886. L’une des toiles de souliers qui deviendront un objet philosophique. Domaine public.
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Les souliers : du tableau au mythe

L’objet le plus commenté de l’histoire de l’art

À Paris, en 1886-1887, Vincent peint plusieurs toiles montrant de vieilles chaussures. Ce motif apparemment banal est devenu, des décennies plus tard, l’un des plus débattus de toute l’histoire de l’art.

En 1935, le philosophe Martin Heidegger y voit « les souliers d’une paysanne » et tire de leur usure une méditation sur la terre et le monde. En 1968, l’historien Meyer Schapiro rectifie : ce sont les souliers du peintre lui-même, des chaussures citadines. La querelle, devenue célèbre, montre à quel point une humble nature morte peut devenir un terrain de philosophie.

Au-delà du débat, les souliers disent l’attention de Vincent à la matière usée, à la peau fatiguée d’un objet : l’empâtement y épouse les plis du cuir comme il épousera plus tard les pétales.

Oléanders et livres (Vase with Oleanders and Books), Vincent van Gogh, 1888
Vincent van Gogh, Oléanders et livres, 1888. Le bouquet joyeux posé à côté de romans. Domaine public.
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Livres et oléanders

La joie des fleurs, la compagnie des livres

À Arles, Vincent associe volontiers les livres et les fleurs. Dans Oléanders et livres (1888), un bouquet rose et vert côtoie des romans posés sur une table. Pour lui, les oléanders sont des fleurs « joyeuses », et les livres, des compagnons.

Cette toile témoigne du basculement provençal : la palette s’illumine, l’empâtement s’épanouit, le vert et le rose dialoguent. Loin de la Bible funèbre de Nuenen, le livre est ici plaisir, et la fleur, énergie.

L’explosion florale

Tournesols, iris, roses : la couleur en feu

À Paris (1886-1887) puis en Provence, les bouquets deviennent le terrain de la révolution chromatique de Vincent. Trois séries florales dominent.

Série 01

Les Tournesols

Arles, 1888. Décoration de la Maison jaune pour Gauguin. Jaune sur jaune, une pierre angulaire de l’art moderne.

Série 02

Les Iris

Saint-Rémy, 1889. Au premier plan, une fleur isolée, presque blanche, parmi une mer d’iris bleus.

Série 03

Les Roses

Saint-Rémy/Auvers, 1890. Bouquets sur fond vert laiteux ; le rose, d’abord vif, a souvent viré au blanc avec le temps.

Tournesols, Vincent van Gogh, 1888, National Gallery
Tournesols, 1888. National Gallery, Londres.
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Roses, Vincent van Gogh, 1890, National Gallery of Art
Roses, 1890. National Gallery of Art, Washington.
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Galerie des natures mortes

Quatre objets, quatre mondes

Pourquoi tant de natures mortes ?

L’objet comme prétexte, la couleur comme but

La nature morte a pour Vincent trois vertus. D’abord, elle est bon marché : pommes de terre, bouquets, vieux souliers — aucun modèle à payer. Ensuite, elle est docile : l’objet ne bouge pas, idéal pour étudier la lumière et la touche. Enfin, elle est libre : aucune commande, aucune attente, l’artiste peut y tenter l’impossible.

C’est pourquoi les natures mortes de Van Gogh sont si audacieuses. Elles sont son laboratoire permanent : là où, sans risque, il invente la couleur moderne.

Tournesols, Vincent van Gogh, 1888
Tournesols, 1888 — l’aboutissement flamboyant du laboratoire des natures mortes.
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Parcours de lecture

Six natures mortes à connaître

Œuvre Date Sujet
Nature morte à la Bible 1885 Bible ouverte et roman de Zola.
Une paire de souliers 1886 Vieilles chaussures — objet philosophique (Heidegger/Schapiro).
Oléanders et livres 1888 Bouquet joyeux et romans.
Tournesols 1888 Série arlésienne pour la Maison jaune.
Les Iris 1889 Mer de bleus, une fleur solitaire.
Roses 1890 Derniers bouquets, fond vert laiteux.
Questions fréquentes

Les natures mortes de Van Gogh

Pourquoi Van Gogh a-t-il peint autant de natures mortes ?

Parce qu’elles sont bon marché (pas de modèle à payer), dociles (l’objet ne bouge pas) et libres (aucune commande). C’est son laboratoire idéal pour étudier la lumière et la couleur.

Quelles sont ses natures mortes les plus célèbres ?

Les Tournesols (1888), la Nature morte à la Bible (1885), Une paire de souliers (1886), les Iris (1889) et les Roses (1890).

Que représente la Nature morte à la Bible ?

Une grande Bible ouverte, héritage du père pasteur de Vincent, posée à côté d’un roman d’Émile Zola, La Joie de vivre. Une bougie éteinte complète la scène : un face-à-face entre foi et modernité.

Pourquoi les souliers sont-ils si célèbres ?

Le philosophe Heidegger y a vu en 1935 « les souliers d’une paysanne » ; l’historien Schapiro a rectifié en 1968 : ce sont les souliers du peintre. Ce débat a fait de cette humble nature morte l’un des tableaux les plus commentés de l’histoire.

Les natures mortes ont-elles changé avec les périodes ?

Oui, beaucoup. Sombres et terreuses à Nuenen (1884-85), elles explosent en couleur à Paris (1886-87) et en Provence (1888-90) : tournesols, iris, roses.

Où voir ces toiles ?

Van Gogh Museum (Amsterdam), Metropolitan Museum of Art (New York), National Gallery (Londres), National Gallery of Art (Washington) et Musée d’Orsay (Paris), selon les œuvres.

Sources et méthode

Aller aux textes

  1. Van Gogh Museum, Amsterdam — collection.
  2. The Letters of Vincent van Gogh — édition savante Van Gogh Museum / Huygens ING.
  3. Wikipedia (en) — Still life paintings (Netherlands), période de Nuenen.
  4. Wikipedia (en) — Sunflowers (Van Gogh series).
  5. Wikipedia (en) — Irises (Van Gogh).
  6. Wikipedia (en) — A Pair of Shoes, débat Heidegger / Schapiro.
  7. Van Gogh Museum, Amsterdam, collection.
  8. Wikimedia Commons — Sunflowers (National Gallery), domaine public.
  9. Wikimedia Commons — Nature morte à la Bible, domaine public.

Les œuvres de Vincent van Gogh sont dans le domaine public. Les citations courtes sont extraites de ses lettres (édition Van Gogh Museum). Les reproductions proviennent de Wikimedia Commons (domaine public, CC0).

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