Arles · Saint-Rémy · 1888–1890

Pourquoi Van Gogh peint-ilautant en jaune ?

Pigments industriels, lumière du Midi, « haute note jaune » et symbolique solaire : ce qui se cache derrière les soleils nerveux, les moissons ardentes et les façades lumineuses de Vincent van Gogh.

Chrome jauneHaute note jauneLettres à TheoVan Gogh Museum
La Chambre à Arles de Vincent van Gogh, dominée par les jaunes, 1888
Paul Gauguin, Vincent van Gogh peignant des tournesols, 1888, Van Gogh Museum Paul Gauguin, 1888

Vincent van Gogh peignant des tournesols

Gauguin représente Van Gogh au travail devant un bouquet de tournesols dans la Maison jaune à Arles.

Paul Gauguin (1848–1903) · Huile sur toile · Van Gogh Museum, Amsterdam
Intensification du jaune1888–1890
Pigment féticheChrome jaune
Corpus des lettres902 lettres
ExpressionHaute note jaune
Chrome jaune depuis1809 / 1818

En deux mots

Le jaune van gogh n'est pas une couleur : c'est le croisement d'un pigment industriel neuf, d'une lumière méditerranéenne et d'un état d'exaltation artistique documenté par les lettres à Theo (902 lettres connues, dont 819 écrites par Vincent, 83 reçues).

La réponse courte

Trois raisons se croisent : un pigment neuf, une lumière unique, un choix symbolique

Pour comprendre le jaune de Van Gogh, il faut regarder en même temps la chimie, le ciel et la lettre.

Le chrome jaune, pigment synthétique inventé en 1809 et produit industriellement depuis 1818, offre à Van Gogh une intensité, une opacité et une disponibilité industrielle nouvelles par rapport aux palettes traditionnelles. À Arles, la lumière du Midi — lumière directe, ciel profond, ombres colorées — multiplie les occasions d'utiliser cette couleur. Et dans sa correspondance, Van Gogh associe explicitement le jaune à la joie, au soleil, à l'amitié et à la vie, tout en évoquant la « haute note jaune » comme un état d'exaltation artistique.

Ces trois plans — chimique, optique, symbolique — ne s'additionnent pas. Ils se renforcent : un pigment neuf, perçu dans une lumière nouvelle, devient le support d'une émotion qu'aucune autre couleur ne porte aussi fort. Le reste de cet article parcourt chacun de ces plans, en s'appuyant sur les recherches publiées par le Van Gogh Museum (Amsterdam), l'université d'Anvers, le synchrotron ESRF de Grenoble, le centre de recherche DESY (Hambourg, qui exploite notamment le synchrotron PETRA III), et l'édition savante des lettres de Vincent à son frère Theo (902 documents, vangoghletters.org).

Pigments identifiés

Les jaunes de la palette Van Gogh

Ce tableau rassemble les pigments jaunes identifiés par le Van Gogh Museum, l'édition savante des lettres et les publications scientifiques sur la dégradation du chrome jaune (2011, 2015, 2024). Les valeurs hexadécimales sont des approximations visuelles pour écran, pas des mesures colorimétriques des tableaux. Le comportement réel d'un pigment dépend du dosage, du liant, des mélanges, de l'épaisseur, du vieillissement et de l'éclairage observé.

Couleur Pigment Formulation Approximation visuelle pour écran Repère historique Usage Van Gogh Risque documenté
Chrome jaune clair Solution solide de chromate et de sulfate de plomb (substitution partielle par des sulfates) #F0C846 Synthétisé en 1809 par Vauquelin, produit industriellement depuis 1818 Pétales des Tournesols, fonds lumineux Sensibilité possible à la photoréduction
Chrome jaune moyen Chromate de plomb #D6A212 1809 Maison jaune, façades Généralement plus stable, selon la formulation
Chrome orangé Variété orangée de pigment au chrome, dont la composition exacte peut varier selon la fabrication #B98421 1818 Détails chauds, accents À documenter selon les œuvres analysées
Jaune de cadmium Sulfure de cadmium #E8A93C Intégré aux catalogues marchands vers 1840 Rehauts, accents vifs Stabilité variable selon les conditions et la composition
Ocre jaune Oxyde de fer hydraté (FeO(OH)·nH₂O) #C69437 Préhistorique Terres, fonds bruns Pigment généralement stable
Jaune de Naples Pigment historique à base d'antimoniate de plomb #D8B560 Vers 1700 Transitions chairs / fonds À documenter selon les œuvres analysées
Jaune de zinc Chromate de zinc #C79A2E 1809 Mélanges verts, épaisseurs Bon marché Moyenne
Jaune de baryum Chromate de baryum #A8902F XIXe siècle Détails secondaires À documenter selon les œuvres analysées
Les pigments

La palette exacte : chrome jaune, cadmium, ocre, Naples, zinc

Tournesols, version National Gallery Londres 1888
Le pigment repère · F454

Le chrome jaune (PbCrO₄), pigment industriel depuis 1818

Le Van Gogh Museum le confirme : le jaune favori de Van Gogh est le chrome jaune, disponible en trois nuances — citron clair, moyen et orangé. C'est ce pigment qui donne aux Tournesols leur intensité, à la Maison jaune sa façade incandescente, à la Chambre à Arles ses meubles éclatants. Le jaune revient très fréquemment dans la correspondance de la période d'Arles, notamment à propos des pigments, des paysages et des œuvres en cours.

Tournesols, Van Gogh Museum Amsterdam 1889, s0031V1962
Pigments complémentaires · F458

Ocres, cadmium, zinc, Naples : la famille élargie

Van Gogh n'utilise pas un seul jaune. Il combine le chrome avec l'ocre jaune (naturel, terreux), le jaune de cadmium (plus cher, plus stable), le jaune de zinc et le jaune de Naples (à base d'antimoniate de plomb). Cette palette explique la variété des jaunes d'une même œuvre : chrome vif dans les pétales, ocre dans les terres, cadmium dans les accents. Les couches superposées peuvent être à l'origine de la vibration caractéristique des surfaces van gogh, sans qu'on dispose d'une analyse stratigraphique systématique.

Voir les Tournesols
#F0C846 · solution solide chromate-sulfate
Chrome jaune clair

Chrome pâle

Chromate de plomb soufré. Pigment synthétique, opaque, lumineux. Donne les pétales citron et les fonds des Tournesols.

3 nuances · 100 lettres · 1809
#E8A93C · CdS
Jaune de cadmium

Cadmium

Sulfure de cadmium. Plus cher, plus stable à la lumière que le chrome. Utilisé pour les accents et les rehauts.

Coût × 4 · intégré 1840
#C69437 · FeO(OH)·nH₂O
Ocre jaune

Ocre

Pigment naturel, terreux, millénaire. Donne la profondeur des jaunes bruns et le grain des terres. C'est le jaune que Van Gogh utilisait déjà à Nuenen.

Naturel · depuis la préhistoire
#D8B560 · antimoniate de plomb
Jaune de Naples

Naples

Pigment historique à base d'antimoniate de plomb. Jaune pâle, légèrement gris. Sert de transition entre les chairs et les fonds, notamment dans les portraits.

Synthétique · depuis 1700
#C79A2E · ZnCrO₄
Jaune de zinc

Zinc

Chromate de zinc. Jaune vif mais couvrant moins que le chrome. Utilisé en mélange pour les verts et certaines épaisseurs.

Découvert en 1809
#A8902F · BaCrO₄
Jaune de baryum

Baryum

Chromate de baryum. Pigment mineur dans l'œuvre, parfois détecté dans les mélanges. Jaune vert, peu couvrant.

XIXe siècle
La lumière du Midi

Arles, 20 février 1888 : le choc lumineux

La Maison jaune à Arles, 1888
Septembre 1888 · F1453 · JH1590 Une lumière qui dissout les contours À Arles, la lumière directe, le ciel saturé et les ombres colorées transforment chaque sujet en étude de jaunes et de bleus. Van Gogh y voit un « Japon ensoleillé » et un atelier grandeur nature.
Terrasse du café le soir, 1888
Septembre 1888 · F467 · KM 108.565 La nuit n'est jamais noire La lumière d'Arles permet d'opposer la couleur chaude du gaz, des moissons et des façades à un bleu de nuit dense. Le contraste entre complémentaires devient l'une des grandes inventions chromatiques de Van Gogh.

Belgique, La Haye, Nuenen

Van Gogh adopte progressivement la carrière artistique. À Nuenen, sa palette reste sombre et terreuse ; Les Mangeurs de pommes de terre (1885) en constituent l'aboutissement. Le jaune n'est pas encore le sujet.

Paris · la couleur se libère

Auprès de Theo, Van Gogh rencontre les impressionnistes et les néo-impressionnistes. La palette s'éclaircit, la touche se fragmente, le jaune entre par touches puis par aplats.

Arles · la couleur s'impose

Le 20 février, Van Gogh arrive à Arles. Maison jaune, Tournesols, Terrasse du café : tout l'invite à pousser le jaune et à dialoguer avec ses complémentaires.

Saint-Rémy · Auvers · la haute note jaune

Les soleils deviennent plus instables, les bleus plus électriques. À Auvers, durant l'été 1890, Van Gogh évoque dans une lettre la « haute note jaune » atteinte. Les Moissons et le Champ de blé aux corbeaux portent cette couleur à un haut degré.

Ce que le jaune veut dire

Une symbolique qui va du soleil à l'angoisse

Tournesols VGM, Amsterdam, la symbolique solaire au plus haut
L'apogée solaire · F458

Les Tournesols : icône solaire

Van Gogh veut en faire « une symphonie en jaune ». Hommage, gratitude, lumière, amitié : un bouquet devenu le symbole universel de sa période arlésienne (1888–1889). Cette lecture associe le tournesol au projet de la Maison jaune et à l'amitié avec Gauguin, sans qu'on puisse l'établir comme une intention explicite et documentée de l'artiste.

La Nuit étoilée, MoMA, juin 1889
Saint-Rémy · juin 1889

La Nuit étoilée : une autre lecture du jaune

À Saint-Rémy, le jaune peut être interprété comme un signe d'intensité nerveuse plus que d'apaisement : un croissant, des étoiles brûlantes, un village endormi sous un ciel convulsif. La lumière ne console plus, elle électrise. Cette lecture reste une hypothèse interprétative et non un fait établi.

Lire le jaune dans les œuvres

Comment Van Gogh utilise le jaune dans ses chefs-d'œuvre

Terrasse du café le soir : anatomie du jaune
1

Le mur lilas pâle, le sol rouge rompu

Lettre à Theo, mi-octobre 1888, décrivant la Chambre à Arles. « Les murs lilas pâle, le sol d'un rouge rompu et fané, les chaises et le lit jaune de chrome, les oreillers et le drap citron vert très pâle, la couverture rouge sang, la table à toilette orangée, la cuvette bleue, la fenêtre verte. » Traduction française adaptée.

2

Une symphonie en jaune

Lettre à Theo sur les Tournesols : « Je veux que ces tableaux soient comme une symphonie en jaune et bleu. » Traduction française adaptée. Les fonds sont de la même famille que les fleurs.

3

La façade comme manifeste

La Maison jaune est décrite par Van Gogh comme peinte « à l'intérieur et à l'extérieur au chrome jaune ». La couleur devient, dans le contexte du projet collectif de la Maison jaune, l'étendard d'un atelier du Midi.

4

La nuit n'est jamais noire

Dans Terrasse du café le soir, le jaune est amplifié par son contraste avec le bleu du ciel et de la rue. Nuit sans noir, dans la lettre à Willemien.

5

Le blé, la paille, le pain

Les Moissons, les gerbes, le Champ de blé aux corbeaux : le jaune van gogh dialogue avec la campagne provençale, le travail agricole et le cycle des saisons.

6

Le jaune comme état

La haute note jaune désigne un état d'exaltation artistique, dans la tradition d'un musicien recherchant la note juste. Van Gogh associe ce moment à une dépense physique.

7

Un pigment moderne

Le chrome jaune date de 1809 (Vauquelin) et est produit industriellement depuis 1818. Pigment de l'ère industrielle, conforme au goût du temps pour les couleurs chimiques.

8

Un héritage pictural précis

Van Gogh admire les japonaises, les impressionnistes, Delacroix. Ses jaunes s'inscrivent dans Turner, Monticelli, les maîtres hollandais du XVIIe siècle.

Recherches publiées

Pourquoi certains jaunes brunissent aujourd'hui

L'étude de la dégradation du chrome jaune a fait l'objet de plusieurs publications internationales, coordonnées par le Van Gogh Museum, l'université d'Anvers, le synchrotron ESRF de Grenoble et le centre de recherche DESY (Hambourg, qui exploite notamment le synchrotron PETRA III). Voici les principaux résultats publiés, sans extrapoler au-delà de ce qui est documenté.

PbCrO₄
Chrome jaune (VI)
État initial. Pigment jaune vif dans la couche de peinture.
+ hν
Cr(III)
Chrome trivalent
Sous l'effet de la lumière, le chrome VI se réduit partiellement en chrome III, donnant des espèces vert-brun.
Brunissement
Surface altérée
La couche superficielle change de teinte. Les produits exacts dépendent du pigment et de l'environnement.
Couche superficielle

Les analyses synchrotron montrent que l'altération se concentre dans la couche superficielle de la peinture. L'épaisseur exacte varie selon l'œuvre et la zone considérée.

Monico et al., 2015
Chrome réduit

Les mesures détectent du chrome trivalent (Cr(III)) dans les zones brunies, en proportion variable selon les échantillons. La répartition exacte n'est pas uniforme.

Monico et al., 2015
Vieillissement accéléré

Des expériences de vieillissement accéléré sous irradiation ont reproduit certains phénomènes de brunissement observés sur les œuvres, sans permettre une équivalence simple entre durée de laboratoire et vieillissement réel.

Monico et al., 2015

Le processus dépend du spectre, de l'intensité, de la durée d'exposition et de la composition exacte du pigment. Les musées adaptent leur éclairage pour préserver les jaunes d'origine, en privilégiant un faible éclairement et une exposition limitée. Cette politique de conservation est documentée ; il serait imprudent d'isoler un type de LED particulier comme plus dommageable sans données contrôlées.

Tournesols VGM Tournesols Amsterdam : zones citron clair analysées au synchrotron
ESRF · Anvers · Amsterdam

Les pétales citron sont les plus fragiles

Le synchrotron PETRA III de DESY a montré que les zones jaune citron contiennent du chrome jaune riche en soufre (PbCr₁₋ₓSₓO₄), plus sensible aux UV. Les zones orangées utilisent le chrome pur, plus stable. L'expérience permet d'établir cette différence de composition entre zones du tableau.

Champ de blé Champ de blé aux corbeaux, 1890, Van Gogh Museum Amsterdam
Conservation préventive

Un éclairage qui préserve les jaunes

Les musées adaptent leur éclairage pour préserver les jaunes d'origine. Le contrôle porte sur le spectre (peu de bleu), l'intensité (faible éclairement) et la durée d'exposition.

Wheatfield Champ de blé sous des nuages d'orage, VGM F778
Analyse stratigraphique

Une superposition de jaunes

Des analyses microscopiques montrent que Van Gogh superpose plusieurs couches de jaunes dans la même œuvre. La pratique est documentée ; l'intention artistique consciente d'une « symphonie » en superposition relève en partie de la lecture.

Lettres & concepts

Cinq lettres sur la couleur et la lumière à Arles

Cette sélection réunit cinq passages où Van Gogh évoque, depuis Arles, la couleur, la lumière et la matière. Le numéro, la date et le destinataire renvoient à l'édition savante vangoghletters.org. La traduction est adaptée ; le texte original anglais figure sur le site de référence.

L6789 et ~14 sept. 1888voir →
On a perfectly starry night — it is perfectly possible to paint a starry sky. The night is more richly coloured than the day, in most intense violets, blues and greens.

À Willemien van Gogh, sa sœur. Le passage esquisse l'idée du « ciel étoilé », mais la Terrasse du café le soir (F467) sera achevée après le 16 septembre. Traduction française adaptée.

À Willemien van Gogh, sa sœur
L68116 sept. 1888voir →
The first painting this week is the night café. Then the second will be a self-portrait. Then the third, a direct experiment with the effect of night.

À Theo. La Terrasse du café le soir est explicitement désignée comme le « premier tableau de la semaine ». Traduction française adaptée.

À Theo van Gogh, son frère
L595~11 avril 1888voir →
Just now we are in the grip of a stark, cold spring. The small studies I've done show that the effect of snow is something quite other than white.

À Theo, ~11 avril 1888. L'extrait est retenu pour montrer le travail de la couleur à Arles au printemps, dans une saison où la palette reste froide. Traduction française adaptée.

À Theo van Gogh, son frère
L601~4 mai 1888voir →
The sun here is extraordinary — one would think oneself in Japan. The fields are already of a beautiful green, the contrast with the intense sulphur yellow of the broom is delightful.

À Theo, ~4 mai 1888. Le passage cite le jaune soufre du genêt en fleurs, première mention documentée d'un jaune éclatant dans la correspondance d'Arles. Traduction française adaptée.

À Theo van Gogh, son frère
Description de la Chambre à Arlesmi-octobre 1888voir →
The walls are of a pale violet, the floor of red tiles, the bedstead and the chairs fresh butter yellow, the sheet and pillows very bright lemon green, the blanket scarlet red, the window green, the dressing table orange, the basin blue, the doors lilac.

À Theo, mi-octobre 1888. Le numéro exact de la lettre doit être contrôlé dans l'édition savante (série 580) avant citation stable. Traduction française adaptée.

À Theo van Gogh, son frère
902 lettres connues (819 de Vincent, 83 reçues). Édition savante en ligne : vangoghletters.org
Nuances et rectifications

Trois mythes à dépasser sur le jaune Van Gogh

Mythe La Chambre à Arles, avec ses meubles jaunes au chrome
Mythe 1

« Van Gogh ne peignait qu'en jaune. »

La palette est bien plus large

La palette comprend aussi des bleus intenses, des verts, des violets, des rouges et des terres. Le jaune van gogh est dominant, jamais exclusif. Il dialogue en permanence avec ses complémentaires.

Voir la Chambre
Mythe Terrasse du café le soir, jaune contre bleu
Mythe 2

« Le jaune de la terrasse est celui d'une vraie façade. »

C'est un effet lumineux, pas une couleur de mur

Le jaune de Terrasse du café le soir est un effet de la lumière au gaz amplifié par le contraste avec le bleu profond. Il n'est pas la description d'un mur peint, mais une expérience visuelle recomposée.

Voir la reproduction
Mythe La Maison jaune, projet collectif
Mythe 3

« Van Gogh peignait pour soi, sans spectateur. »

Le jaune van gogh est aussi tourné vers l'autre

La Maison jaune, les Tournesols pour Gauguin, les portraits des Roulin : certains historiens y voient le jaune comme une couleur tournée vers l'autre, même si Van Gogh peignait largement seul. Cette lecture reste interprétative.

Voir la Maison jaune
Pour aller plus loin

Où voir les œuvres originales ?

Portrait du Dr Gachet, 1890, Musée d'Orsay
Musée d'Orsay · Paris

Portrait du Dr Gachet

Juin 1890 · F754 · 67 × 56 cm · Huile sur toile

Van Gogh réalisa deux versions peintes du Portrait du docteur Gachet à Auvers, l'une conservée au Musée d'Orsay, l'autre ayant connu un parcours de collections privées parmi les plus retentissants de l'histoire du marché de l'art. Le fond jaune-bleu est typique de sa dernière manière.

Voir la reproduction
Champ de blé aux cyprès, 1889, Metropolitan Museum
Met · National Gallery

Champ de blé aux cyprès

Sept. 1889 · F717 · 73 × 93,4 cm · Huile sur toile

Été 1889, à Saint-Rémy. Plusieurs versions sont connues : la National Gallery de Londres (acquise en 1939), le Metropolitan Museum of Art de New York, et une collection privée. C'est l'un des paysages les plus jaunes de Van Gogh, avec un ciel tourbillonnant.

Voir les paysages
Questions fréquentes

Le jaune de Van Gogh : tout comprendre

Quel pigment Van Gogh utilisait-il pour le jaune ?

Le pigment principal est le chrome jaune (chromate de plomb, PbCrO₄), pigment industriel synthétisé pour la première fois en 1809 et produit depuis 1818. Van Gogh l'utilisait en trois nuances : citron clair, moyen et orangé. Il combinait aussi ce pigment avec l'ocre jaune, le jaune de cadmium, le jaune de zinc et le jaune de Naples (antimoniate de plomb).

Pourquoi le jaune est-il devenu la couleur emblématique de Van Gogh ?

Trois raisons se croisent : un pigment neuf très intense, la lumière du Midi à Arles à partir de février 1888, et un projet artistique personnel qui fait du jaune un état d'exaltation — la haute note jaune dont il parle à Theo. Le mot « jaune » apparaît environ cent fois dans sa correspondance de l'année 1888.

Qu'est-ce que la « haute note jaune » ?

C'est une expression que Van Gogh utilise dans une lettre à son frère Theo, vers la fin de sa vie, pour désigner un état d'exaltation artistique nécessaire à l'obtention du jaune le plus intense. Le numéro et la date exacts de la lettre doivent être vérifiés mot pour mot dans l'édition savante vangoghletters.org avant toute citation stable. Le jaune n'est pas qu'une couleur, c'est un effort et un risque assumés pour la vérité du tableau.

Pourquoi le jaune de certains Van Gogh brunit-il avec le temps ?

Une partie du chrome jaune clair, mélangé au blanc de céruse, est sensible à la lumière : le chrome passe de l'état Cr(VI) à Cr(III), produisant un composé vert-brun. Les recherches publiées en 2011 et 2015 par l'université d'Anvers, le synchrotron ESRF et le Van Gogh Museum ont documenté ce processus.

La Maison jaune a-t-elle vraiment été peinte en jaune ?

Oui : Van Gogh écrit que l'intérieur et l'extérieur de la maison située place Lamartine à Arles ont été peints au chrome jaune. La maison a été détruite par les bombardements de 1944, mais le tableau permet de comprendre le projet. La Maison jaune servait d'atelier, de logement et de manifeste pour une communauté d'artistes du Midi.

Le jaune des Tournesols est-il le même que celui de la Maison jaune ?

Les analyses synchrotron montrent que Van Gogh a pu utiliser plusieurs jaunes dans la même œuvre. Pour les Tournesols, la superposition de nuances crée une vibration. Pour la Maison jaune, la couleur de mur est plus uniforme. Les deux expriment la lumière, mais par des moyens picturaux distincts.

Que signifie le jaune dans la symbolique de Van Gogh ?

Le jaune est associé dans la correspondance au soleil, à la joie, à la vie, à l'amitié et à l'énergie vitale. Van Gogh l'utilise aussi pour parler de la lumière du Midi et du bonheur domestique. Les interprétations symboliques plus poussées (angoisse, sueur, projet collectif) sont des lectures contextuelles, pas des paroles documentées de l'artiste.

Le jaune de Van Gogh a-t-il été peint sur le motif ?

Pour les paysages d'Arles, oui : Van Gogh installe son chevalet dehors et peint la lumière du Midi en direct. Pour les Tournesols, le travail se fait à l'atelier, à partir d'un bouquet coupé, mais avec les jaunes observés sur le motif. La Terrasse du café le soir est elle aussi peinte sur place, dans l'obscurité, à la lueur des réverbères.

Quel est le tableau le plus jaune de Van Gogh ?

Les Tournesols sont souvent présentés comme l'apogée du jaune van gogh. Les Moissons, le Champ de blé aux corbeaux, La Maison jaune et la Chambre à Arles portent aussi cette couleur à un haut degré. Aucune œuvre ne résume le jaune à elle seule.

Comment reconnaître un vrai « jaune van gogh » aujourd'hui ?

Le critère pictural tient en trois points : un jaune vif souvent associé à son complémentaire bleu, une matière épaisse qui accroche la lumière, et une vibration par juxtaposition de nuances plutôt que par aplat. Sur les originaux, c'est aussi un état de conservation à surveiller, les zones citron clair pouvant brunir par photoréduction du chrome.

Sources & crédits

Recherches et images utilisées

  1. Van Gogh Museum — What is Yellow? : pigments utilisés (chrome jaune, cadmium, ocre, Naples, zinc), période, symbolique, dégradation.
  2. Monico et al. — Evidence for Degradation of the Chrome Yellows in Van Gogh's Sunflowers : étude synchrotron, Van Gogh Museum, 2015 (Angewandte Chemie, figures et matériel supplémentaire).
  3. Kröller-Müller Museum — Terrace of a Café at Night : fiche d'œuvre, Otterlo.
  4. Lettre 678 à Willemien : dimanche 9 et ~vendredi 14 septembre 1888, Arles. Lettre 681 à Theo : dimanche 16 septembre 1888, Arles.
  5. Fondation Vincent van Gogh Arles — La Haute Note jaune : dossier de presse, exposition 2024.
  6. CORDIS / Commission européenne — Technologie sophistiquée et mystère des couleurs : analyse ESRF, projet européen de recherche.
  7. Échosciences Grenoble — Le chrome et les tournesols : vulgarisation des résultats synchrotron.
  8. National Gallery — Sunflowers : fiche d'œuvre, Londres.
  9. Musée d'Orsay — Portrait du docteur Gachet : fiche d'œuvre, Paris.
  10. Museum of Modern Art — The Starry Night : fiche d'œuvre, New York.
  11. Art Institute of Chicago — Bedroom in Arles : fiche d'œuvre, Chicago.
  12. Metropolitan Museum of Art — Wheat Field with Cypresses : fiche d'œuvre, New York.

Les images des œuvres sont dans le domaine public. Les reproductions photographiques utilisées dans l'article proviennent des fichiers Wikimedia Commons hébergés par les institutions partenaires (Van Gogh Museum, Kröller-Müller, Musée d'Orsay, MoMA, National Gallery, Met, National Gallery of Art Washington). Les références exactes des fichiers sont disponibles dans la description de chaque image.

Vincent van Gogh peignant des tournesols (1888) — Paul Gauguin, huile sur toile, Van Gogh Museum, domaine public via Wikimedia Commons.

La Chambre à Arles (1888) — Van Gogh Museum, domaine public via Wikimedia Commons.

Tournesols (1888) — National Gallery, Londres, domaine public via Wikimedia Commons.

Tournesols (1889) — Van Gogh Museum, Amsterdam, domaine public via Wikimedia Commons.

La Maison jaune (1888) — Van Gogh Museum, domaine public via Wikimedia Commons.

Terrasse du café le soir (1888) — Kröller-Müller Museum, domaine public via Wikimedia Commons.

La Nuit étoilée (1889) — MoMA New York, domaine public via Wikimedia Commons.

Champ de blé aux corbeaux (1890) — Van Gogh Museum, domaine public via Wikimedia Commons.

Champ de blé sous des nuages d'orage (1890) — Van Gogh Museum, domaine public via Wikimedia Commons.

Portrait du Dr Gachet (1890) — Musée d'Orsay, domaine public via Wikimedia Commons.

Champ de blé aux cyprès (1889) — Metropolitan Museum of Art, domaine public.

Œuvres de Vincent van Gogh : domaine public. Les fiches des musées sont la source des dimensions, dates et techniques citées.

Le jaune de Van Gogh n'est pas une couleur : c'est un pigment, une lumière et un état

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