Le Café de nuit, Vincent van Gogh, 1888 — là où l’absinthe coulait
Absinthe · alcool · mythe · santé mentale

Van Gogh buvait-il vraiment de l’absinthe ?

Histoire, mythe et contexte

Oui — Vincent buvait de l’absinthe, comme tous les artistes de son époque. La « fée verte » coulait à flot dans les cafés parisiens et arlésiens. Mais l’idée qu’elle aurait rendu fou le peintre est un mythe que la science a démonté. Entre biographie, histoire de l’alcool et médecine moderne, faisons le point.

5 h« l’heure verte »
1914interdiction en France
mythel’absinthisme démonté
La Terrasse du café le soir, Arles, 1888
La Terrasse, ArlesLe café, lieu social où l’on boit absinthe et vin.
L’essentiel en deux minutes

Oui, il buvait de l’absinthe. Non, elle ne l’a pas rendu fou.

Van Gogh consommait de l’absinthe — la « fée verte » —, comme la plupart des artistes parisiens de la fin du XIXe siècle. Il en buvait dans les cafés de Montmartre, puis à Arles au Café de la Gare. Mais l’idée reçue selon laquelle l’absinthe aurait causé sa folie est contredite par la science moderne : le thuyone, principe actif incriminé, est présent en quantités bien trop faibles pour provoquer des hallucinations.

La véritable cause de ses troubles mentaux reste débattue — épilepsie du lobe temporal, trouble bipolaire, intoxication au plomb — mais l’absinthe n’en est pas responsable. En revanche, la consommation excessive d’alcool en général a aggravé son état, comme il l’écrivait lui-même à Théo.

Le Café de nuit, Vincent van Gogh, 1888
Vincent van Gogh, Le Café de nuit, 1888. Yale University Art Gallery. L’intérieur d’un café où l’absinthe coule librement. Domaine public.
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La fée verte

L’absinthe au XIXᵉ siècle : l’heure verte

L’absinthe est un spiritueux anisé, titrant 45 à 74 %, créé en Suisse vers 1792 par le docteur Pierre Ordinaire. Popularisée par les troupes françaises en Algérie (comme préventif du paludisme), elle envahit les cafés français dès les années 1860. Cinq heures du soir devient « l’heure verte » : le moment où tout Paris sirote la fée.

Les artistes l’adorent. Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Toulouse-Lautrec, Manet, Degas : tous peignent ou boivent l’absinthe. Elle est bon marché, forte, et censée stimuler la créativité. En 1910, la France en consomme 36 millions de litres par an.

Van Gogh, arrivé à Paris en 1886, plonge dans cette culture. Il fréquente le Café du Tambourin tenu par Agostina Segatori, le Café de la Gare à Arles. L’absinthe y coule comme l’eau. Il peint même une Table de café avec absinthe — un verre, une bouteille, sur une table de bistrot.

« L’absinthe et la fatigue aggravent mon état mental. »
Vincent, période parisienne (1887)
La Terrasse du café le soir, Arles, 1888
La Terrasse du café le soir, 1888. Kröller-Müller Museum. Le café comme lieu social et artistique. Domaine public.
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Vincent et la bouteille

Le café comme atelier, l’alcool comme carburant

Pour Vincent, le café n’est pas un lieu de passage : c’est son atelier, son bureau, son lieu social. Au Café du Tambourin, à Paris, il expose ses toiles entre les tables. Au Café de la Gare, à Arles, il loge quelques mois et peint l’intérieur infernal du Café de nuit.

L’alcool — absinthe, mais aussi vin, cognac, bière — fait partie de sa vie quotidienne. Il écrit à Théo ne pas manger correctement et boire « bien trop ». Ce mode de vie aggrave son épilepsie probable et ses crises d’angoisse. Le Café de nuit d’Arles, avec ses murs rouges et son éclairage surnaturel, est en partie inspiré de ces nuits passées à boire dans une atmosphère malsaine.

Van Gogh lui-même a conscience du problème : il écrit que l’absinthe et la fatigue « aggravent son état mental ». Mais il ne parvient pas à s’arrêter, surtout pendant les périodes de solitude et d’angoisse.

La Table de café avec absinthe — un verre solitaire sur une table de bistrot — est l’une des rares natures mortes de Vincent qui montre l’objet même de sa dépendance.

La question qui fâche

L’absinthe rend-elle fou ? La science répond : non

Pendant un siècle, l’absinthe a passé pour un poison hallucinogène. Le thuyone, molécule issue de l’armoise (wormwood), était accusé de provoquer convulsions, hallucinations et folie — un syndrome baptisé « absinthisme ». Cette croyance a conduit à l’interdiction de l’absinthe en France (1914), en Suisse, aux États-Unis et dans la plupart des pays occidentaux. Mais la science moderne a tout remis en question.

Le mythe

L’absinthisme

Convulsions, hallucinations, folie : causés par le thuyone de l’armoise. L’absinthe serait plus dangereuse que les autres alcools.

La réalité

De l’alcool, tout simplement

Les études modernes montrent que le thuyone est présent en traces infimes dans l’absinthe. Les symptômes attribués à l’absinthisme sont en fait ceux de l’alcoolisme chronique ordinaire.

Le verdict

Mythe démonté

« Les propriétés psychoactives de l’absinthe, en dehors de celles attribuables à sa teneur en alcool, ont été exagérées. » (Wikipedia, résumant les études scientifiques.)

L’absinthe n’est donc pas plus dangereuse qu’un autre spiritueux à même degré d’alcool. Ce qui a rendu Van Gogh malade, ce n’est pas la « fée verte » — c’est la quantité d’alcool (tous types confondus) absorbée pendant des années, associée à une prédisposition neurologique.

La vraie maladie

Que souffrait Van Gogh, vraiment ?

Les diagnostics rétrospectifs abondent : épilepsie du lobe temporal, trouble bipolaire (maniaco-dépression), psychose épileptique, porphyrie, intoxication au plomb (des peintures), ou encore l’effet combiné de plusieurs de ces facteurs.

Aucun diagnostic n’a jamais fait l’unanimité. Mais une chose est sûre : l’alcoolisme a aggravé son état, quelle que soit la maladie sous-jacente. L’absinthe en particulier n’est pas responsable — c’est l’ensemble de sa consommation d’alcool, son manque de sommeil et sa mauvaise alimentation qui ont précipité les crises.

Autoportrait à l'oreille bandée, Vincent van Gogh, 1889
Autoportrait à l’oreille bandée, 1889. Peu après la crise de décembre 1888 — aggravée par l’alcool et la fatigue. The Courtauld Gallery, Londres.
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Chronologie

De l’apogée à l’interdiction

~1792Création

Le docteur Ordinaire met au point la recette en Suisse.

1860sL’heure verte

L’absinthe envahit les cafés français. Les artistes l’adoptent.

1886-90Vincent

Van Gogh boit de l’absinthe à Paris puis à Arles. Sa santé décline.

1914Interdiction

La France interdit l’absinthe, suivie par la plupart des pays occidentaux.

Galerie

Cafés et absinthe chez Van Gogh

Questions fréquentes

Van Gogh et l’absinthe

Van Gogh buvait-il vraiment de l’absinthe ?

Oui. Comme la plupart des artistes parisiens de la fin du XIXe siècle, il consommait de l’absinthe dans les cafés. Il en buvait à Paris (Café du Tambourin) puis à Arles (Café de la Gare). Il a même peint une Table de café avec absinthe.

L’absinthe a-t-elle rendu Van Gogh fou ?

Non. La science moderne a démontré que le thuyone, principe actif incriminé, est présent en quantités trop faibles pour provoquer des hallucinations. Les troubles attribués à l’« absinthisme » étaient en réalité ceux de l’alcoolisme chronique ordinaire.

Quelle était la véritable maladie de Van Gogh ?

Le diagnostic reste débattu : épilepsie du lobe temporal, trouble bipolaire, porphyrie, intoxication au plomb… Plusieurs hypothèses coexistent. L’alcoolisme (tous types confondus) a aggravé son état, quelle que soit la cause sous-jacente.

Pourquoi l’absinthe a-t-elle été interdite ?

En France en 1914 (pendant la Première Guerre mondiale), l’absinthe a été interdite en raison du mythe de l’absinthisme et de pressions prohibitionnistes. La prohibition a duré près d’un siècle avant d’être levée dans les années 1990-2000.

Qu’est-ce que « l’heure verte » ?

C’était le nom donné à 17 heures (5 heures de l’après-midi), moment où les Parisiens se retrouvaient au café pour leur premier verre d’absinthe. La boisson était verte, d’où le nom.

Van Gogh a-t-il peint l’absinthe ?

Oui. Sa Table de café avec absinthe montre un verre et une bouteille sur une table de bistrot. Plus largement, ses toiles de cafés (Café de nuit, Terrasse, Café du Tambourin) évoquent ce milieu où l’alcool coule librement.

Peut-on encore boire de l’absinthe aujourd’hui ?

Oui. L’absinthe a été réhabilitée dans l’Union européenne dès les années 1990, puis dans la plupart des pays. Près de 200 marques sont aujourd’hui produites dans une douzaine de pays.

Sources et méthode

Aller aux textes

  1. Wikipedia (en) — Absinthe, histoire, mythe et études scientifiques.
  2. Wikipedia (en) — Vincent van Gogh, santé mentale et alcoolisme.
  3. Wikipedia (en) — The Night Café, café et culture de l’absinthe à Arles.
  4. Van Gogh Museum, Amsterdam — collection.
  5. The Letters of Vincent van Gogh — édition savante Van Gogh Museum / Huygens ING.
  6. Wikimedia Commons — Le Café de nuit, domaine public.

Les informations sur l’absinthe s’appuient sur l’article Wikipédia dédié et les études scientifiques récentes qu’il cite. Les citations de Van Gogh proviennent de ses lettres (édition Van Gogh Museum). Les œuvres sont dans le domaine public.

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