Van Gogh d’après Millet
Enfermé l’hiver à l’asile de Saint-Rémy, privé de modèle et de plein air, Vincent se tourne vers Jean-François Millet. Pendant des mois, il « copie » ses dessins des Travaux des champs. Mais copier, pour lui, c’est traduire : passer le noir et blanc de Millet dans la langue brûlante de la couleur.
Copier Millet pour se ressourcer
L’hiver 1889-1890, à l’asile de Saint-Rémy, Van Gogh réalise plus de trente copies d’après ses maîtres, dont une vingtaine d’après Millet. Il ne s’agit pas de reproduction : il traduit les compositions en noir et blanc de Millet dans sa propre langue, celle de la couleur et de la lumière du Midi.
Ces toiles étaient pour lui un réconfort. Il écrit à Théo que son pinceau, alors, « glisse entre mes doigts comme un archet sur les cordes d’un violon ». Théo, à son tour, verra dans cette série « certaines de ses meilleures œuvres ».
Copier pour survivre l’enfermement
À l’asile Saint-Paul-de-Mausole, l’hiver est rude. Vincent n’a plus la liberté d’aller peindre au loin, le froid lui interdit le plein air, et il manque de modèles. Pour nourrir son œuvre, il se tourne vers ce qu’il a sous la main : des recueils de gravures, dont les Travaux des champs de Millet.
Ces copies deviennent, dit-il, une « sorte de consolation ». Il avoue à Théo les avoir commencées « sans y penser », avant de s’apercevoir qu’il y apprend beaucoup. Son pinceau alors, écrit-il, « glisse entre mes doigts comme un archet sur les cordes d’un violon — tout à fait pour mon plaisir ».
« Mon pinceau glisse comme un archet sur les cordes d’un violon. »Vincent à Théo, à propos des copies
La langue des couleurs
Le mot est crucial : Vincent ne dit pas « copier » mais traduire. À partir d’un dessin noir de Millet — semeur, bêcheur, bergère —, il recompose une toile en couleurs, éclairée par le soleil du Midi. La composition reste, la chair change.
C’est la démarche d’un interprète, comme un musicien qui rejoue une partition. Vincent garde la structure de Millet (qu’il vénère) mais l’habille de sa propre palette : bleus profonds, jaunes brûlants, verts complémentaires. Le dess devient tableau, la grisaille devient midi.
Cette idée de « traduction » traverse tout l’art de Vincent : il dira plus tard ne jamais inventer un tableau de toutes pièces, mais « trouver » ses sujets dans la nature — et, ici, chez les maîtres.
Une série dans la série
Le noyau des copies d’après Millet est constitué par les Travaux des champs : une suite de gestes paysans — semer, labourer, bêcher, garder les bêtes, se reposer à midi — que Vincent transpose un à un.





Les autres maîtres « traduits »
Millet n’est pas seul. L’hiver de Saint-Rémy, Vincent puise aussi chez Delacroix, Daumier, Rembrandt, Doré. Chaque fois, le même geste : reprendre une composition pour la repenser en couleur.
Piéta, Bon Samaritain
Des sujets religieux rares chez lui, où l’on a vu un Christ roux ressemblant à Vincent.
Les Buveurs
L’humanité grave du caricaturiste, transposée dans une palette sourde.
La Ronde des prisonniers, Lazare
L’enfermement, la résurrection : des thèmes qui résonnent avec sa propre captivité.
Théo, voyant l’ensemble, jugera ces copies parmi les meilleures toiles de son frère. Loin d’un exercice scolaire, elles sont une manière de dialoguer, à distance, avec les maîtres qu’il aime.
Copier, c’est aimer
Pour Vincent, copier Millet n’est ni pastiche ni manque d’inspiration. C’est un hommage, une conversation, et même un refuge. En traduisant les paysans de Millet dans sa couleur, il rend hommage à celui qui, le premier, a fait du travailleur un sujet noble.
Ces toiles montrent aussi un Vincent apaisé : « mon pinceau… pour mon plaisir », écrit-il. Dans la difficulté de l’asile, la peinture d’après Millet lui rend la joie.
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Pourquoi Van Gogh a-t-il copié Millet ?
Par nécessité, d’abord : l’hiver à l’asile de Saint-Rémy, sans modèle ni plein air, il puise dans les recueils de gravures de Millet. Puis par admiration : il voit en Millet celui qui a fait du paysan un sujet noble.
Combien de copies a-t-il faites d’après Millet ?
Environ une vingtaine, sur plus de trente copies au total (après Delacroix, Daumier, Rembrandt, Doré).
Est-ce de la simple reproduction ?
Non. Vincent parle de « traduire » : il reprend la composition en noir et blanc de Millet et la réinvente dans sa propre langue colorée. Comme un musicien interprétant une partition.
Qu’est-ce que La Méridienne ?
Le repos de midi d’un couple de paysans, d’après un dess de Millet. C’est l’une des plus célèbres « traductions » de Vincent, sommet de la série.
Ces copies sont-elles considérées comme des œuvres majeures ?
Oui. Théo lui-même voyait dans cette série certaines des meilleures toiles de Vincent. Elles sont aujourd’hui très prisées.
Où voir ces toiles ?
Van Gogh Museum (Amsterdam), Musée d’Orsay (Paris), et d’autres musées selon les œuvres.
Aller aux textes
- Van Gogh Museum, Amsterdam — collection.
- The Letters of Vincent van Gogh — édition savante Van Gogh Museum / Huygens ING.
- Wikipedia (en) — Copies by Vincent van Gogh, série d’après Millet et autres maîtres.
- Wikipedia (en) — influence de Millet.
- The Letters of Vincent van Gogh, édition Van Gogh Museum / Huygens ING.
- Van Gogh Museum, Amsterdam, collection.
- Wikimedia Commons — La Méridienne (d’après Millet), domaine public.
Les œuvres de Vincent van Gogh sont dans le domaine public. Les citations courtes sont extraites de ses lettres (édition Van Gogh Museum). Les reproductions proviennent de Wikimedia Commons (domaine public).
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